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La réflexion sur les enjeux politiques de la littérature et de l’art a pris ces dernières années plusieurs tournants : elle s’inspire des études postcoloniales et subalternistes pour étudier la façon dont les textes prêtent leur voix à ceux qui en sont dépourvus, des études de traduction pour mettre en évidence la force subversive de la vie en « plus d’une langue », elle s’appuie sur la philosophie ranciérienne pour affirmer la politicité de l’art, elle identifie la politique de la littérature à sa capacité à critiquer, détourner ou enrayer le storytelling, ou elle réaffirme, par-delà la fascination contemporaine pour la catastrophe, le « potentiel » des arts. L’hégémonie néolibérale et l’impasse des luttes actuelles imposent de penser à nouveaux frais l’action politique. Le sentiment de l’urgence d’agir coexiste avec celui de l’impuissance des types de pensée et des modes d’action éprouvés. Dans ces conditions, de nouvelles pensées de l’engagement émergent, la réflexion gagne les modes d’appropriation et de diffusion des œuvres : l’exigence de leur portée politique est plus forte que jamais. Pourtant, la capacité de la littérature et des arts à produire des effets dans le monde n’a jamais semblé plus limitée qu’aujourd’hui. Ne convient-il donc pas de poser la question de la faculté des œuvres à « déborder », à sortir d’elles-mêmes et rencontrer le monde ? Cela impliquerait de prendre en considération toutes sortes de « bords » susceptibles d’aider à penser le monde écrit et ses ambivalences, en tenant compte de tous les acteurs des scènes littéraire et artistique : l’écrivain, pris entre la sensation que l’écrit déborde, ne lui laissant aucun dehors à saisir, et l’impérieuse nécessité où il se trouve de déborder lui-même, le lecteur, les diverses institutions, qui hiérarchisent et bordent les gestes critiques.

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